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L'ÉTHIOPIE VOTE LE 1ER JUIN : ABIY AHMED FACE À L'ÉPREUVE DE LA DÉMOCRATIE

50 millions d'électeurs, des régions en guerre et une opposition brisée — le scrutin le plus controversé depuis le retour du multipartisme


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L'ÉTHIOPIE VOTE LE 1ER JUIN : ABIY AHMED FACE À L'ÉPREUVE DE LA DÉMOCRATIE

L'Éthiopie s'apprête à vivre, ce dimanche 1er juin 2026, ses septièmes élections générales depuis l'instauration du multipartisme en 1991. Plus de 50,5 millions de citoyens sont inscrits sur les listes électorales — un record absolu. Le Premier ministre Abiy Ahmed, prix Nobel de la paix 2019, brigue un nouveau mandat à la tête du pays le plus peuplé d'Afrique de l'Est, fort d'une économie qui affiche 6 % de croissance mais d'un régime de plus en plus contesté sur le plan des libertés.

Son Parti de la Prospérité (PP) affronte officiellement plus de 45 formations d'opposition, parmi lesquelles le Mouvement national de l'Amhara, le Congrès fédéraliste oromo et le Parti des citoyens éthiopiens pour la justice sociale. Mais le pluralisme affiché masque mal une réalité plus sombre. En novembre 2025, dix grands partis d'opposition avaient publiquement déclaré qu'il n'existait « aucun fondement pour un processus démocratique dans le pays ». Les membres de l'opposition ont subi harcèlements physiques et arrestations arbitraires. Depuis 2020, plus de 54 journalistes ont fui le pays. En février 2026, les accréditations de journalistes de Reuters ont été révoquées après la publication d'un reportage d'investigation critique du gouvernement. En 2021, le PP avait raflé 96 % des sièges au parlement. Le résultat de dimanche s'annonce donc prévisible, même s'il restera politiquement contesté.

La question sécuritaire est au cœur de toutes les inquiétudes. Le Tigray, toujours meurtri par la guerre civile de 2020-2022 qui a fait au moins 600 000 morts, ne votera pas. La Commission électorale nationale a révoqué le statut légal du TPLF en mai 2025, l'empêchant de participer au scrutin. Plus grave encore : l'accord de paix de Pretoria de 2022 est en train de s'effriter, le TPLF ayant reconstitué son conseil législatif et élu Debretsion Gebremichael comme président régional, défiant ouvertement Addis-Abeba. Dans les régions d'Oromia et d'Amhara, l'Armée de libération oromo (OLA) a intensifié ses attaques depuis que les forces fédérales ont été redéployées vers le nord en février 2026. Conséquence directe : le vote sera essentiellement confiné aux zones urbaines sous contrôle gouvernemental, laissant de larges portions du territoire national sans représentation.

Des préoccupations d'un autre ordre planent également sur ce scrutin. Plusieurs analystes et organisations de défense des droits humains redoutent qu'Abiy Ahmed utilise sa victoire annoncée pour initier une réforme constitutionnelle visant à instaurer un régime présidentiel et prolonger son maintien au pouvoir au-delà des mandats actuellement prévus. Une perspective qui glacerait définitivement les espoirs de démocratisation nés de son arrivée au pouvoir en 2018, quand il avait libéré des milliers de prisonniers politiques et ouvert le dialogue avec l'Érythrée voisine.

La Mission d'observation de l'Union africaine, conduite par l'ancien président kényan Uhuru Kenyatta avec 73 observateurs issus de 37 pays africains, est arrivée à Addis-Abeba le 26 mai. L'Union européenne a également dépêché une délégation, tout en reconnaissant publiquement qu'il est « impossible d'imaginer » des élections dans le Tigray. Les observateurs internationaux devront composer avec un accès restreint et des narratifs soigneusement orchestrés par les autorités. Ce scrutin ne décidera pas seulement de l'avenir d'Abiy Ahmed. Il dira si l'Éthiopie, 130 millions d'habitants et mosaïque d'une centaine d'ethnies, est encore capable de surmonter ses fractures profondes pour avancer vers une démocratie consolidée — ou si elle bascule définitivement vers un autoritarisme de façade électorale.

R.Loumoo Akondanews.net — Kinshasa

Tags :PolitiqueGouvernance

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