CAN 2025 : UN TITRE EN SUSPENS, UNE SAGA JURIDIQUE QUI TIENT LE FOOTBALL AFRICAIN EN HALEINE
Trois mois après la finale la plus controversée de l'histoire de la compétition, le TAS n'a toujours pas rendu son verdict — et le Mondial 2026 approche

Le 18 janvier 2026, le stade Prince Moulay Abdellah de Rabat a vibré au rythme d'une finale historique. Le Sénégal s'imposait 1-0 face au Maroc, pays hôte, grâce à un but de Pape Gueye en prolongation, offrant aux Lions de la Téranga leur deuxième titre continental. Mais la soirée avait été empoisonnée par une controverse arbitrale majeure. En fin de temps réglementaire, un penalty accordé au Maroc après intervention de la VAR avait mis le feu aux poudres. Les joueurs sénégalais, estimant la décision injuste, avaient quitté la pelouse en masse pendant plusieurs minutes avant d'y revenir. Le gardien Édouard Mendy avait finalement repoussé la tentative de Brahim Diaz, et Pape Gueye avait scellé le sort du match en prolongation. Championne sur le terrain. Mais cette victoire allait rapidement être contestée dans les couloirs des instances.
Le 29 janvier, la commission de discipline de la CAF rejetait d'abord la demande marocaine d'annuler le résultat, tout en infligeant au sélectionneur sénégalais Pape Thiaw cinq matchs de suspension et une amende de 100 000 dollars pour la sortie de ses joueurs. Le Sénégal soufflait. Trop vite. Le 17 mars 2026, coup de tonnerre : le jury d'appel de la CAF renversait la décision initiale. Invoquant l'article 84 du règlement de la CAN, il déclarait le Sénégal forfait pour avoir temporairement abandonné le terrain, et attribuait la victoire au Maroc sur tapis vert, sur le score de 3-0. Deux mois après la finale, le trophée changeait de mains sans qu'un seul ballon supplémentaire ne soit botté.
La réaction de Dakar fut immédiate et furieuse. Le 25 mars, la Fédération sénégalaise de football (FSF) saisissait le Tribunal Arbitral du Sport à Lausanne, réclamant l'annulation de la décision de la CAF et la restauration de sa victoire. Le TAS a accordé au Maroc un délai jusqu'au 7 mai pour déposer son mémoire en réponse. La Fédération royale marocaine de football (FRMF) s'est exécutée le 11 mai, transmettant ses arguments par voie électronique au greffe de Lausanne. Le dossier est désormais complet. Les deux parties ont dit leur mot. Il appartient maintenant aux arbitres suisses de trancher.
Mais le TAS a d'ores et déjà précisé qu'il ne traitera pas le dossier en procédure accélérée. La décision finale est attendue après la prochaine Coupe du monde, qui débute le 11 juin 2026. Ce calendrier soulève une question inédite dans l'histoire du football africain : le champion d'Afrique partira-t-il au Mondial sans que son titre soit officiellement reconnu ? Le Sénégal, qualifié pour le tournoi mondial, se retrouve dans la position inconfortable d'un champion contesté. Le Maroc, pays co-favori de la CAN et puissance montante du football mondial, revendique une couronne obtenue par voie administrative. L'article 84 du règlement de la CAN, au cœur de toute la controverse, cristallise désormais un débat de fond sur la gouvernance du football africain : une sortie de terrain de quelques minutes, suivie d'un retour et d'une victoire sur le jeu, peut-elle valoir forfait ? Des juristes spécialisés en droit du sport doutent de la solidité juridique de la décision de la CAF face au droit suisse qui régit le TAS. Le football africain retient son souffle.
PrynSopie — Akondanews.net
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