ÉTHIOPIE : 50 MILLIONS D'ÉLECTEURS AUX URNES, ABIY AHMED VERS UN TROISIÈME MANDAT TRÈS CONTESTÉ
Le Premier ministre éthiopien, Prix Nobel de la paix 2019 reconverti en homme fort autoritaire, est grand favori de législatives jugées comme les moins compétitives depuis trente ans. Une démocratie qui recule sous les yeux du monde.

Ce lundi 1er juin 2026, plus de 50 millions d'Éthiopiens étaient appelés aux urnes pour renouveler le Parlement fédéral et les assemblées régionales. Le verdict des urnes ne fait guère de suspense : le Parti de la prospérité (PP) d'Abiy Ahmed devrait remporter une victoire écrasante dans un scrutin que le centre de réflexion Chatham House qualifie d'ores et déjà de « l'un des moins compétitifs depuis l'instauration du multipartisme en 1991 ».
Le principal parti d'opposition, Ezema, ne présente que 293 candidats sur 501 circonscriptions. Dans 64 d'entre elles, le PP sera seul en lice. Un face-à-face entre le pouvoir et lui-même, en somme. Les résultats officiels sont attendus d'ici le 11 juin, ouvrant ensuite la voie à une reconduction quasi certaine d'Abiy Ahmed pour un troisième mandat.
Le contexte est pourtant explosif. Le scrutin ne se tient pas dans l'État régional du Tigré, toujours marqué par les traumatismes de la guerre civile de 2020-2022. En Amhara, les milices nationalistes Fano, en guerre ouverte contre les forces fédérales, ont menacé de perturber le vote. La commission électorale a renoncé à organiser le scrutin dans huit des 137 circonscriptions de la région.
Arrivé au pouvoir en 2018 sur un souffle de réformes et d'ouverture politique, Abiy Ahmed avait suscité un espoir immense — au point de recevoir le Prix Nobel de la paix en 2019. Six ans plus tard, ce même homme est désormais pointé du doigt par les organisations internationales de défense des droits humains pour la répression des voix dissidentes, l'emprisonnement d'opposants et la restriction progressive des libertés fondamentales.
Le paradoxe éthiopien illustre une tendance inquiétante sur le continent : des dirigeants élus dans l'enthousiasme qui consolident progressivement leur pouvoir en érodant les contre-pouvoirs, jusqu'à rendre les élections formellement régulières mais substantiellement vides de sens.
L'Afrique de l'Est retient son souffle. Et le monde, une nouvelle fois, risque de détourner le regard.
R.Loumoo Akondanews.net — Abidjan
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