DAKAR, APF : LA FRANCOPHONIE PARLEMENTAIRE TENTE DE RESTER PERTINENTE
La 32ᵉ Assemblée régionale Afrique de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie s'est ouverte hier à Dakar, jusqu'à demain. Au menu : sécurité, démocratie, jeunesse — sur fond d'effritement de l'influence française.

Abidjan, mardi 19 mai 2026
L'Hôtel King Fahd Palace de Dakar accueille depuis hier les présidents d'assemblées, les parlementaires et les représentants des sections africaines de l'Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF). La 32ᵉ Assemblée régionale Afrique de l'institution, qui réunit 89 parlements et assemblées de pays membres ou observateurs de la Francophonie, se tient jusqu'au 20 mai au soir. Une trentaine de délégations sont présentes, conduites par les présidents d'assemblées du Sénégal, de la Côte d'Ivoire, du Cameroun, du Congo-Brazzaville, du Gabon, de Madagascar, du Tchad, du Burundi, du Rwanda, des Comores, de la République démocratique du Congo, du Bénin, du Togo, du Burkina Faso et de plusieurs autres États.
L'ordre du jour, communiqué par la direction de la communication de l'Assemblée nationale du Sénégal, recouvre quatre grands chantiers : sécurité collective face aux menaces terroristes et aux trafics transnationaux, gouvernance démocratique et états de droit, jeunesse et éducation, et coopération économique francophone. Cette dernière thématique a pris une importance nouvelle depuis le sommet Africa Forward de Nairobi des 11 et 12 mai derniers. Le président français Emmanuel Macron y avait promu une vision « décomplexée » des relations économiques entre la France et l'Afrique — mais le sommet de Nairobi s'était tenu hors du cadre francophone traditionnel, sur le sol kényan anglophone. Une partie des États francophones d'Afrique de l'Ouest s'étaient interrogés, à l'époque, sur la place qui leur restait dans cette nouvelle géométrie.
L'APF est, en théorie, l'instance qui devrait porter cette question. En pratique, son influence a considérablement reculé depuis la rupture des trois pays de l'AES — Mali, Burkina Faso, Niger — avec la France et l'Organisation internationale de la Francophonie. Le Mali a annoncé en avril 2025 son retrait formel de l'OIF, suivi du Burkina Faso en juillet. Le Niger se prépare à la même décision. Ces trois États, où la langue française reste officielle et utilisée dans l'administration, refusent désormais d'être associés à une « francophonie politique » qu'ils perçoivent comme un instrument d'influence française. Les sièges des AES restent vides à Dakar cette semaine — absence éloquente, qui pose la question même de la pertinence de l'institution.
Le Sénégal, présidence d'accueil, joue un rôle particulier dans la séquence. Le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko ont fait du repositionnement diplomatique du Sénégal — à équidistance des partenaires traditionnels et alternatifs — l'un des marqueurs de leur première année au pouvoir. La fermeture des bases militaires françaises de Dakar, achevée en début d'année, et la renégociation des accords de pêche avec l'Union européenne ont marqué ce repositionnement. Mais Dakar a aussi choisi de ne pas rompre avec l'OIF, ni avec l'APF. La capitale sénégalaise se présente ainsi comme un pôle d'équilibre, capable de critiquer la dépendance francophone sans s'en extraire — et d'en faire éventuellement un levier.
Les résolutions attendues d'ici demain soir porteront notamment sur trois sujets sensibles. D'abord la situation au Sahel et la nécessité d'un dialogue rénové avec les États en transition. Ensuite la défense des oppositions politiques dans plusieurs pays membres — sujet délicat alors que les présidentielles récentes au Cameroun, en Côte d'Ivoire et au Bénin ont vu des candidatures d'opposition systématiquement écartées. Enfin la question d'un fonds francophone pour la jeunesse, doté de moyens accrus, en réponse aux constats du dernier rapport démographique de l'Organisation internationale de la Francophonie selon lequel 70 % des francophones du monde seront africains à l'horizon 2050.
L'avenir de la francophonie politique en Afrique se joue précisément là. Soit elle accepte de devenir un espace d'égal à égal, où les positions africaines ne sont plus minoritaires mais structurantes — y compris quand elles critiquent Paris. Soit elle continuera à dépérir au rythme des retraits successifs, jusqu'à ne plus représenter qu'un cercle d'États clients sans légitimité continentale. Le sommet de l'OIF, prévu en octobre prochain à Phnom Penh au Cambodge, sera le rendez-vous décisif. La 32ᵉ Assemblée régionale Afrique en aura, à Dakar cette semaine, posé certaines des questions les plus dérangeantes.
Rédaction Akondanews.net — Abidjan



